Un monde sur un lapin

Imaginez que la terre est une gigantesque île en équilibre sur une autre terre, peuplée de petits hommes et d’esprits d’animaux. Au-dessus, deux ciels sont superposés, le premier abrite des géants et les esprits du tonnerre et de l’arc-en-ciel, le deuxième ciel est la résidence des astres et des oiseaux. Tout en bas de cet édifice cosmique, To Ayan, la « mère de la terre » est un lapin…

monde tsachila
Reconstruction de la cosmologie des Indiens tsachilas (Equateur). © Guillaume Duprat.

Une vision chamanique
Ce monde curieux est l’œuvre de l’imagination de chamanes tsachilas. L’anthropologue Montserrat Ventura i Oller a vécu parmi ces indiens dans les années 1990, en Equateur, et décrit cette micro-société dans une passionnante monographie*. Agriculteurs, pêcheurs, les Tsachilas ont été fortement exposés à l’explosion urbaine, au processus d’individualisation qui altèrent les sociétés traditionnelles. Ils sont aujourd’hui environ 2000 et leurs chamanes sont très réputés dans la région. La description de ce monde correspond à une tradition chamanique qui a relativement bien résisté à une « évangélisation » de l’imaginaire indien.

Une cosmologie verticale
Cette cosmologie ne donne pas beaucoup d’informations sur la forme du ciel et de la terre, ce qui rend une mise en image difficile : l’image ci-dessus n’est donc qu’un dérivé de l’original, une extrapolation personnelle déformée par le prisme de la logique visuelle de la représentation en 3 dimensions. En fait, ce monde se comprend mieux en deux dimensions (vision verticale).

Ce schéma vu de profil résume de manière plus fidèle (mais plus austère !) l’esprit de la cosmologie décrite par l’anthropologue. Le monde est  étagé de bas en haut en trois niveaux : au milieu la terre (T), au-dessus le monde d’en haut (M1), en dessous le monde d’en bas (M2). C’est une structure tripartite assez courante.

Un monde rempli d’êtres
Comme dans bien d’autres cosmologies traditionnelles, ce monde correspond à une ontologie, chaque plan cosmique est un lieu associé à des êtres multiples, esprits des collines, esprits des étoiles, des animaux et des végétaux, humains en tous genres : ce monde est rempli d’êtres. Le chamane effectue des voyages dans ces plans pour guérir un patient, régénérer son âme silon auprès des astres, etc.

Tout en bas, plusieurs chamanes ont décrit la « mère de la terre » :

To Ayan, la « mère de la terre », sous la forme d’un lapin.

Mais plusieurs variantes existent :

En fonction des chamanes, To Ayan est décrite sous la forme d’une tortue, un cochon, ou un cheval.

Une explication des tremblements de terre
Pour les chamanes, quand To Ayan remue, cela provoque des tremblements de terre. Expliquer l’origine des séismes par un esprit ou une divinité qui prend la forme d’un animal géant n’est pas très singulier, c’est même un archétype en matière de cosmologie traditionnelle. On retrouve le thème sur tous les continents, avec la tortue, le crocodile, le serpent, le poisson, la baleine, etc. des animaux aquatiques ou amphibiens qui évoquent l’eau et symbolise la création du monde.

Mais que cet animal soit un lapin — ou un cheval ou cochon — est atypique et merveilleux.

(*)
Source (pour aller bien plus loin) : Montserrat Ventura i Oller, Identité, cosmologie des Tsachilas de l’équateur, L’Harmattan, Paris, 2009.

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