Cosmographie du Xiyou Ji

Le Xiyou Ji — la pérégrination vers l’Ouest — est un classique de la littérature chinoise. L’ouvrage, attribué à Wu Cheng’en au XVIe siècle, raconte les aventures de Tripitaka, un moine bouddhiste qui part chercher les écritures de Bouddha pour l’empereur de Chine. La traversée de la terre, d’Est en Ouest,  dure 14 années, et est semée de 81 épreuves. Le moine est accompagné de trois personnages à l’aspect monstrueux, Singet, Porcet et Sablet. Les 3 compagnons sont aussi ses élèves et cette longue route est l’occasion pour eux d’accomplir une progression spirituelle.

Singet est aussi appelé conscient de la vacuité
Singet, Tripitaka, Porcet et Sablet.

La trame historique
Le récit est une parodie d’un voyage réel, celui du bonze chinois Xuanzang qui, entre 629 et 645, aurait ramené d’Inde la traduction du canon bouddhique.

Un roman populaire
En Chine, Le Xijou Ji est un des romans les plus populaires. Des versions longues sont disponibles pour les adultes, des versions courtes pour les enfants, des extraits sont joués à l’opéra, l’œuvre a été adapté au cinéma (films TV et dessin-animés). Un long métrage en 3 épisodes serait en préparation avec une participation de James Cameron.

 

Le roi des singes, merveille de l’animation chinoise, de Wan Laiming (1965)
série TV chinoise de 1986.
Un classique de l’Opéra de Pékin (© eviltomthai/creative commons)

Série TV de Zhang Jizhong en 60 épisodes (2011).
Une version en BD de We Dong Chen et Chao Peng (2012)

Traduit en japonais à partir de 1758, le roman est devenu très populaire au pays du soleil levant sous le nom Tsûzoku Saiyûki (Xiyou Ji populaire). Akira Toriyama s’en est inspiré pour créer son fameux manga Dragon ball…

En occident, il a été adapté en opéra rock…
les aventures de SInget
Monkey, journey to the West de Damon Albarn (2007), un opéra rock coproduit par le théâtre du Châtelet.

QUELQUES ASPECTS MYTHOLOGIQUES

Un roman mythologique
Composé de plus de 100 chapitres, de quelques 2000 pages, l’ouvrage est un long roman d’aventures où les personnages rencontrent toute sortes d’épreuves, de monstres, de dieux et d’immortels. Le récit est ainsi truffé de mythes et légendes chinoise, taoiste ou bouddhiste.

Singet
Parmi les quatre personnages du roman, Singet, appelé « Conscient de la Vacuité », est le véritable héros de l’épopée. Né de l’union du ciel et de la terre, Singet est doué d’une agilité et d’une force surhumaine. Avant de rencontrer le moine Tripitaka, Singet a accompli toutes sortes d’exploits au ciel, remettant en cause l’autorité de l’empereur de Jade. Il a volé les pêches d’immortalité, échappé au four des transmutations de Lao Zi, etc. Seul Bouddha parvient à capturer Singet, il l’enferme sous une montagne jusqu’à ce que Tripitaka le libère à condition que Singet le protège et fasse le Bien…

Singet

Le héros rappelle Hanuman, le singe célèbre de l’épopée du Ramayana des Hindous…

le dieu singe Hanuman
Cette image populaire de Hanuman montre le héros portant une montagne, un exploit que singet accomplit également au cours de ses aventures.

COSMOGRAPHIE et COSMOLOGIE

Le thème du voyage vers l’Ouest
Le voyage de Tripitaka suit la course du soleil, d’est en ouest, de la Chine orientale jusqu’à la demeure de Bouddha, située dans un paradis occidental. Le voyage vers l’occident, à l’image de la course solaire, est un thème initiatique. On retrouve ce thème dans d’autres cultures, comme chez les Grecs avec les voyages d’Hercule ou Persée, chez les Celtes avec la légende de Bran, etc. La distance parcourue est de 108 000 lis. (chap. XX, Livre VII, chapitre C).

Cosmographie traditionnelle chinoise
– thème cosmogonique taoiste : un rappel de la cosmogonie taoiste traditionnelle est donné… les souffles du ciel et de la terre, le Yin et le yang s’unissent et le monde est crée. (chap. I, livre I).
– les monts Kunlun : lors d’un combat contre un géant, Singet utilise son arme magique, un baton cerclé d’or qui est comparé aux monts Kunlun, le « pilier soutenant le ciel ». C’est la « montagne de communication rapide » décrite dans le Huainan Zi, la grande référence de la cosmographie chinoise de l’époque Han. (chap. VI, Livre II). Singet dérobe dans une haute montagne enracinée aux monts Kunlun des fruits d’immortalité (chap. XXIV, Livre V). Singet dérobe à un monstre une gourde magique dont la formation remonte à la création du ciel et de la terre. C’est la déesse Nuwa, lorsqu’elle réparait le ciel, qui a trouvé cette gourde au pied des monts Kulun (chap. XXXV, Livre VII). Les monts Kunlun sont le « pilier du ciel » (chap. XIII, Livre LXV).

cosmographie traditionnelle chinoise
Dans la cosmographie traditionnelle chinoise, les Monts Kunlun, souvent cités dans le Xiyou Ji, sont situés au Nord-Ouest de la terre, en haut à gauche sur l’image. Cette image est inspirée du Huainan zi, un classique de la cosmologie chinoise de l’époque des Han. (©Guillaume Duprat_Mondes, mythes et images de l’univers – seuil 2006).

– les îles d’immortalité : ce thème si récurrent dans la mythologie chinoise est décrit plusieurs fois ; Singet traverse le grand océan oriental pour aller visiter les îles Penglai (3 îles et 10 îlots) pour rendre visite à de vénérables immortels. Il atteint l’île montagneuse Fanghu, le mont d’immortels du Pot-Carré (chap. XXVI, Livre V)
– la carte du ciel : elle est cachée au milieu du bâton magique de Singet (chap. LXXV, Livre XV).
– les 9 ciels : on retrouve ce nombre propre à la cosmologie chinoise traditionnelle dans différents passages (chapitre XVIII, Livre IV), (chap. XX, Livre C)
– les astres : à plusieurs reprises Singet passe au ciel, par la salle des Nuées-Mystérieuses où l’Empereur de Jade réunit les principaux astres ; les neufs luminaires, les 5 orients, les dieux de la Voie lactée, les 28 « maisons » zodiacales (chap. XXXI, Livre VII, chap. LVI, Livre XII).

astronomie chinoise traditionnelle
Dans le Xiyou Ji le ciel est habité par une administration impériale, au service de l’Empereur de Jade : soldats, ministres, chars, etc. (© Guillaume Duprat. Cosmos, seuil, 2008)

 

Cosmographie bouddhiste
– la division du monde en quatre continents : Le monde du Xiyou Ji est divisé en quatre grands continents, à l’Est, à l’Ouest, au Sud et au Nord. (chap. I, Livre I).
– le continent du sud, celui des hommes : Singet apprend à ses sujets qu’il  traversé l’Océan de l’Est jusqu’au continent de l’Ouest, puis atteint celui du Sud où vivent les hommes. (chap. III, Livre I).
– le mont Soumérou : le boddhisattva de Bon-Augure vit au sud, sur une montagne appelée le « petit Soumérou » (chap. XXI, Livre V). Lors d’un grand combat, un monstre fait tomber le mont Soumerou sur Singet (chap. XXXIII, Livre VII)

le monde bouddhiste
Le monde décrit dans le Xiyou Ji correspond à une partie de la cosmographie bouddhiste du Mahayana. La terre est le minuscule continent triangulaire situé au sud du mont Soumérou. (© Guillaume Duprat)
Le monde selon l'Abhidharmekosha de Vasubandhu
Notre monde est un parmi une infinité d’autres dans la cosmographie bouddhiste du Mahayana. Cette multiplication des mondes n’est pas développée dans le Yiyou Ji. (© Guillaume Duprat)

– la descente aux enfers : le thème infernal revient plusieurs fois …  Associé à la visite de Yama, le roi des enfers, c’est un thème cosmologique bouddhiste qui a beaucoup voyagé dans tout l’Orient. (chap. X, Livre II). Il y a 18 enfers (chap. X, Livre II)

La cosmologie, motif onirique
Dans plusieurs passages du Xiyou Ji, le monde est le théâtre d’un jeu de transformations continues où les apparences sont trompeuses. Ce roman prend alors les chemins d’une rêverie cosmologique où taoisme et bouddhisme sont étroitement mêlés.
– Lors d’un duel mémorable, Immortel primordial-subjugué utilise plusieurs fois le tour dit de « l’univers dans la manche » pour capturer Singet. (chap. XXV, Livre V)
– Singet dupe des monstres en leur faisant croire qu’une gourde peut contenir l’univers. (chap. XXXIII, Livre VII)
– Singet utilise une aiguille forgée dans l’œil du soleil pour briser les rayons d’un monstre. (chap. LXXIII, Livre XV)
– Lors d’un rêve qui ne dure qu’un instant, le ministre Wei Zheng décapite un dragon. A son réveil, Wei Zheng entend un bruit assourdissant dans le jardin de l’empereur où il trouve la tête du dragon. (chap. X, Livre II)
etc.

Sources
– Je recommande l’édition traduite et annotée par André Lévy :
Wu Cheng’en – La pérégrination vers l’Ouest
tomes I et II
Gallimard, nrf, Paris, 1991.
Dans cette admirable traduction, de nombreuses notes apportent de précieux compléments d’informations. Concernant la cosmographie bouddhiste, André Lévy utilise une illustration réalisée d’après les travaux de Akira Sadakata. En l’occurrence, Akira Sadakata a basé ses recherches sur l’Abhidharmakosha de Vasubandhu.
– Pour les petits, je recommande le dessin animé « Le roi des singes » de Wan Laiming (1965), une vraie merveille.

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3 thoughts on “Cosmographie du Xiyou Ji

  1. Bonjour, je voudrais savoir d’où provient l’image du palais du ciel chinois (l’image aux figures rouges) ?

  2. Bonjour, c’est une illustration que j’ai réalisée pour le livre Cosmos, une histoire du ciel (Seuil). Je suis parti d’un fragment original, une figuration chinoise de l’époque Han de la grande ourse (reproduit en haut à droite de l’illustration), puis j’ai décliné tout le reste selon ce mode de figuration, tout en calquant ces figures sur le ciel chinois connu de l’époque (constellations différentes des constellations grecques).

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