Exposition des terres à Quimper

27 janvier 2011 at 12:13 Laisser un commentaire

Médiathèque de Pluguffan
Exposition destinée aux enfants
dans le cadre “L’échappée des livres”
Du 25 janvier 2011 au 12 février 2011.

Voici quelques informations complémentaires…

D’où viennent les images du Livre des Terres imaginées ?
Le Livre des Terres imaginées
est d’abord un travail de recherche dans des bibliothèques ! Pour comprendre comment les hommes ont imaginé la forme de la terre il a fallu consulter de nombreux ouvrages d’histoire, d’anthropologie, de géographie…

Comment les images sont-elles faites ?
J’ai rempli des carnets de notes et d’esquisses pour ne pas perdre mes sources et mes idées. Puis j’ai amélioré, affiné mes dessins au crayon qui me servent de base. J’utilise de l’aquarelle pour travailler la mise en couleur. Parfois je compose des images entièrement à la main, d’autres fois à l’ordinateur. Dans ce dernier cas, je décompose tous les éléments, tracés, textures à l’aquerelle ou à la gouche.  Puis j’utilise mon scanner pour numériser tous ces éléments. Et enfin, j’assemble le tout dans le logiciel photoshop.

Pour comprendre la diversité des formes imaginées, je propose une approche intuitive, par familles de formes :

Première famille de terre : Les Terres-îles
Dans les mythes, les légendes, ou dans les textes d’anciennes religions, la Terre est parfois mentionnée. Dans ces récits, la géographie est symbolique, sans descriptions précises. Bien souvent la terre est alors plate, “comme une table”. Cette vision est parfois associée à l’idée d’île, dans le sens où la terre est entourée par la mer, c’est la raison pour laquelle j’ai appelé la première partie du livre les “Terres-îles”.
Curieusement, de nombreuses légendes décrivent plus ce qui est sous la terre que sa forme ou sa taille… Comment la Terre tient-elle ? C’est là que l’imaginaire des mythes déploie toute son inventivité… un poisson géant chez les Tatars, un échafaudage de 4 éléphants sur une tortue elle-même posée sur un serpent gant chez les Hindous, trois colonnes pour les Indiens Wayapis, un serpent géant les Fons, une tortue chez les Indiens Hurons, un buffle chez les Minangkabaus etc…. Tous ces animaux montrent la fragilité du monde, la précarité du genre humain. La terre est posée en équilibre et est prête à être renversée. Ces mythes sont souvent des explications de phénomènes naturels exceptionnels et marquants comme les tremblements de terre ou les déluges.

Pour les Minangkabaus d'Indonésie, la terre est plate, posée sur un buffle qui est sur un œuf géant, le tout en équilibre sur le dos d'un poisson... (source : - LOEB EDWIN M., Sumatra, its History and People, Oxford University press, 1974). ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Deuxième famille de terre : Les terres plates et polygonales
Certaines descriptions de la terre donnent lieu à des visions plus détaillées, la terre peut avoir des limites, des dimensions, une forme précise. Dans cette famille où la géographie symbolique se mêle avec la géographie decriptive, j’ai trouvé quelques cartes de terres carrées ou rectangulaires. Au regard de ce que j’ai pu trouvé par ailleurs, ces visions de la terre (dont deux exemples sont reprioduits ci-dessous), font figure d’exception.

Cette géographie est extraite d’un écrit laissé par Cosmas, grec de Syrie, établi à Alexandrie au VIe siècle après J.C.. Cet écrit était accompagné de cartes dont les proportions sont respectées dans les dessins du « Livre des Terre imaginées ». La vison du monde est justifiée par l’auteur par un appareil dogmatique chrétien, mais cette géographie ne représente pas pour autant « la » vision de la Terre des Chrétiens de cette époque. - COSMAS INDICOPLEUSTÈS, La topographie chrétienne - Cerf, Paris, 1968. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Pour un Chinois appelé Liu An, au IIe siècle avant J.C., la terre est plate et carrée. Toute la géographie de la terre est très organisée, avec la Chine au milieu du monde. (Source : Huainan zi, sous la direction de Charles le Blanc et Rémi Matthieu. Gallimard, Paris, 2003.) ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Troisième famille de terre : Les terres plates et circulaires
Après les quelques terres polygonales, voici les terres plates et circulaires. Comme une assiette ! On les trouve partout dans le monde. Parfois ce sont de simples géographies symboliques, parfois elles mêlent géographies symboliques et descriptives.

Ces visions circulaires correspondent souvent à une représentation du ciel, presque systématiquement associée au cercle, donc au cycle du temps. Les terres plates et circulaires ont un centre puisque leur tracé est calqué sur celui d’un cercle. Ce centre donne lieu à bien des explications… un lieu de communication entre le haut et bas, entre les mondes humains et divins, ou entre mortels et immortels, un axe cosmique symbolisé par une montagne, un arbre, un poteau de fer, etc.

Pour les Scandinaves la terre est plate et circulaire. Cette géographie symbolique s’inspire d’une seule source, « l’Edda de Snorri » composé par Snorri Sturluson au xiiie siècle. L’islandais a consigné des mythes et des légendes scandinaves très anciens. La lecture des travaux de l’historien Régis Boyer sont indispensables pour mettre en perspective ces mythes. - L’Edda de Snorri - Gallimard, L’aube des peuples, Paris, 2000. 
- BOYER RÉGIS, La religion des anciens Scandinaves – Payot, Paris, 1981. ©Guillaume Duprat – Le Livre des imaginées.

Cette géographie s’inspire de plusieurs lectures : les légendes décrites par Homère, Hésiode, ainsi que les recherches menées par des spécialistes de la culture grecque antique comme Jean-Pierre Vernant ou Alain Ballabriga. Il faut ajouter la carte dessinée par A. Vuillemin à la fin du xixe siècle.(Source principales : HOMÈRE, Iliade, trad. Frédéric Mugler, Paris, Actes Sud, 1995. - HOMÈRE, Odyssée, trad. Philippe Jacottet, Paris, La Découverte, 1982. - HÉSIODE, Théogonie, Gallimard, Paris, 1995. BALLABRIGA ALAIN, Le Soleil et le Tartare-L’image mythique du monde en Grèce archaïque, éditions de l’école des Hautes études en sciences sociales, Paris, 1986.). © Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Les exceptions : Les terres convexes
A mi-chemin entre les Terre plates et les terres rondes, quelques chamanes et scientifiques ont imaginé des terres… bombées ! Ces géographies sont rares.
Ci-dessous 3 exemples :
- la Terre de Chen Zi, en forme de bol renversé. Cette géographie correspond est une des plus anciennes théories scientifiques chinoises, la théorie dite “Kai tian”, du “ciel couvrant” où le ciel est comme un bol renvérsé. J’ai puisé mes informations dans l’histoire des sciences, avec l’aide du sinologue Marc Kalinoswski qui m’a recommandé la lecture des travaux de Christopher Cullen.
- la terre comme une montagne des Indiens Huni Kuin (Pérou). Cette géographie symbolique vient des recherches de l’anthropologue français Patrick Deshayes.
- la terre comme une lentille des Indiens Yanomami (Vénézuela).

Quatrième famille de terre : Les terres sphéroïdales
L’hypothèse de la rotondité de la terre revient aux philosophes et penseurs Grecs : Pythagore, Platon, Aristote… En observant la forme de l’ombre projetée sur la lune lors des éclipses, en regardant les navires s’éloigner des côtes (à l’horizon, la coque des navires disparaît avant le mât), ils posé l’hypothèse de la rotondité de la terre. S’inspirant de la géométrie et de la sphère, ils ont imaginé une terre parfaitement sphérique !

La Terre selon le philosophe grec Platon (Ve siècle avant J.C.) : Une sphère parfaite ! Platon était probablement influencé par les Pythagoriciens. Pour la création du monde selon Platon, lire le Timée. Pour ce qui touche à la Terre, sa sphéricité, les antichtones et au mythe de l’Atlantide, lire le Critias. L’édition présentée par Luc Brisson présente une illustration inspirée des travaux de C. Gill. - PLATON, Timée, Critias, trad. Luc Brisson, Flammarion, Paris, 2001. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

 

Alors qu’une majorité de penseurs grecs s’accordaient sur la forme sphérique de la Terre, la qustions de ses dimensions était débattue.Les premiers géographes ont aors affiné les observations pour calculer la circonférence de la Terre :

Eratosthène est le premir géographe et surtout le premier à avoir mesurer la circonférence de la Terre. Malheureusement la Geographie d’Eratosthène et ses cartes ont disparu… (Source : AUJAC GERMAINE, Eratosthène de Cyrène, le pionnier de la géographie – sa mesure de la circonférence de la Terre, éditions CTHS, 2001.) ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

 

Terre selon Ptolémée, un autre géographe grec célèbre dont la carte et les méthodes de cartophie vont circuler en Méditerannée, dans les mondes byzantins, arabes puis européens. A la Renaissance, de nombreuses cartes ont été dessinées d’après la Géographie de Ptolémée, je me suis inspiré de la version de 1489 de Henricus Martellus Germanus où l’Asie est plus détaillée .©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

 

Christophe Colomb connaissait quelques Géographies des Grecs, comme Ptolémée ou Marin de Tyr, et il les a utilisé pour entreprendre sa traversée de l'Océan Atlantique. Cette image a été réalisée à partir du journal de la 3e expédition (1498). J’ai modelé les contours des continents en allant chercher les sources probables du navigateur gênois : la géographie de Ptolémée, les cartes d’Henricus Martellus Germanus (1474, 1489), le globe de Martin Benhaim (1492), le récit de Marco Polo et l’atlas catalan d’Abraham Cresques (1375), la mappemonde de Fra Mauro (1459)… ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Après Christophe Colomb et Amerigo Vespucci qui découvrent l’Amérique, c’est Magellan qui est le premier à faire le tour de la Terre : On peut enfin faire le tour de la Terre !
Il reste à découvrir ses pôles… Cette quête des pôles poussera au XIXe siècle des esprits curieux à imaginer des trous gigantesques.

Une sphère percée aux pôles. La Terre selon Symmes. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Il faudra attendre le début du XXe siècle pour découvrir les pôles : Robert Peary atteint le Pôle Nord en 1909 et Amundsen le Pôle Sud en 1910.

Une planète bleue ?
La “planète bleue” n’est bleue qu’en surface ! Sa masse d’eau ne représente pas grand chose par rapport à son poids total… L’eau représente 1,4 milliards de km3 alors que la terre pèse 6000 milliards de milliards de tonnes ! Moins de 0,1 %…
Imaginons une expérience : Mettons toute l’eau de la terre (océans, mers, atmosphère) dans un verre pour déshabiller la Terre :

 

Quand on enlève l'eau de la terre, on réalise que la terre est une sorte de patate cabossée, bien loin de la sphère parfaitement ronde des philosophes grecs ! L'intérieur de la terre est connu grâce aux sismographes et aux satellites mais aucun homme n'a pu s'y aventurer. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

La terre n’est pas une sphère parfaite
la terre n’est donc pas aussi sphérique qu’on l’imagine. Non seulement elle est un sphéroide cabossé, mais en plus elle est aplatie aux pôles !

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La terre en forme de pomme Nouvelles planètes sous l’aile du cygne

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