Un “Univers-bulles”
Cette image est inspirée de l’”univers-bulles” du physicien Andrei Linde, une cosmologie souvent illustrée par l’image suivante…
Andrei Linde développe au début des années 1980 un modèle cosmologique original, qui peut se résumer (très brièvement !) ainsi :
Un multivers
Dans cette conception de l’univers, notre univers est un univers perdu parmi une infinité d’autres. Le Tout constitue donc un ensemble d’univers possibles, une sorte de méga-univers appelé “multivers”. Dans l’image, chaque bulle représente un univers et l’ensemble figure le multivers.
L’inflation cosmique
Le modèle de Linde s’appuie sur une invention physique (initiée par Alan Guth) : un processus d”‘inflation éternelle” agit sur l’espace, l’expansion de l’univers observable s’accélère.
Des lois physiques relatives à chaque univers
Dans chaque univers des lois physiques spécifiques émergent. Les différentes couleurs de l’image correspondent donc à la diversité de ces lois.
Sur un plan scientifique, l”Univers-bulles” ou le multivers correspondent à des champs de recherche innovants et passionnants. La réelle substance de ces innovations demeure difficile à cerner pour les non-initiés… mais avec un peu d’imagination on peut toujours se les représenter !
Quelques sources
• sur les multivers
- BARRAU Aurélien, Quelques éléments de physique et de philosophie des multivers, Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie CNRS-IN2P3, Université Joseph Fourier. http://lpsc.in2p3.fr/ams/aurelien/aurelien/multivers_lpsc.pdf
- GRAIN Julien, Des univers multiples ?, in Forme et origine de l’univers (sous la dir. d’Aurélien Barrau et Daniel Parrochia), Dunod, 2010.
Cosmos
COSMOS
Dans cosmogonie et cosmologie on trouve cosmo- qui vient de Cosmos.
Cosmos renvoie à l’idée d’Univers, et vient du grec kosmos.
D’après le Robert, kosmos correspondait à l’origine à “une idée d’ordre, de mise en ordre, diversement réalisée dans les sens d’ornement, forme, organisation d’une chose, notamment avec des valeurs militaires, politiques (organisation, constitution) et, moralement, au sens de gloire, honneur. D’autre part, par le même processus observé pour le latin mundus, kosmos désigne chez les philosophes, l’ordre du monde, l’univers et, en grec radif, le monde habité, les humains. L’origine du mot est obscur.”
En s’interrogeant sur la Nature, les philosophes Grecs se sont emparés du terme kosmos pour désigner précisément l’univers, l’ordre du monde. Leur représentation de l’univers amalgame les concepts d’ordre et d’ornement. L’univers de la plupart des savants grecs, de Pythagore à Aristarque de Samos, se caractérise par l’idée d’harmonie. L’harmonie se confond dans la figure de la sphère, modèle géométrique fondamentale, modèle de perfection pour ceux qui imaginaient alors la forme de l’univers et de la Terre :
Atelier des terres de Zafferana (Sicile)
Voici quelques dessins des ateliers sur les terres imaginées à Zafferana (Festival du Livre) en mai dernier.
Ces échantillons rendent compte du côté expérimental des ateliers des terres, ils correspondent parfois à des mondes imaginés dans des mythes ou légendes anciennes.
Un grand merci à Gabriella et Patrizzia !

Une terre comme une fleur, comme dans certains récits du bouddhisme Mahayana où la fleur est un lotus.
atelier Les Terres imaginées
Suite à l’exposition sur les terres imaginées dans la médiathèque de Pluguffan les élèves de CM2 de École Notre Dame ont imaginé et dessiné leurs terres…
Un grand merci à Pierre Philippe qui a su les guider dans cet atelier. C’est très réussi sur le plan de l’imaginaire et de la technique d’aquarelle.
Dogon
L’exposition Dogon du quai Branly est accessible…
L’exposition est à voir pour comprendre la diversité des arts dogon. De nombreuses statues sont présentées selon leur origine géographique et ethnique : Djennenke, Niongom, Tombo, Tellem, Mande, N’Duleri, Tintam, Sculptures de la falaise, Bambou Toro, Kambari, Komakan. Cette présentation est réussie et utile. On y voit aussi de nombreux masques, des films de Jean Rouch et des objets sculptés ou forgés.
Au milieu de l’exposition un panneau présente la cosmogonie dogon rapportée par Marcel Griaule et Germaine Dieterlen, une tradition a prendre avec des précautions (voir article précédent) ! Il est étonnant que ce récit soit présenté comme une tradition homogène, sans variations ou sans un minimum d’appareil critique. Mais c’est un détail.
Retour sur la cosmologie dogon
Alors qu’une exposition appelée “Dogon”est annoncée pour le 5 avril 2011 au Musée du quai Branly, il est opportun de remontrer les images de reconstruction de la cosmologie dogon.
Il y a d’abord eu une publication chez Géo (août 2005)…
…images affinée ensuite pour le livre Mondes (éditions de Seuil-2008)…
Plusieurs fois cette image a par la suite été présentée dans des expositions, décrite lors d’échanges autour de mes recherches.
J’ai même réutilisé la trame de sa partie terrestre (7e disque en partant du bas) pour le Livre des Terres imaginées, où il n’était question que de terres…
Prochainement, ce monde va être animé dans un film réalisé pour le PLUS (Palais de l’Univers et des Science de Dunkerque). Pour ce projet, j’ai fait comme avec avec un puzzle, j’ai démonté ma construction pièce par pièce et tout reconstruit pour revérifier mes sources et apporter de nouvelles informations, plus liées à l’observation du ciel.
Pour celles et ceux qui se demandent d’où vient cette cosmologie, sur quelles sources elle est fondée, voici quelques informations :
LES DOGONS
Peuple du Mali, habitant près de la boucle sud-ouest du fleuve Niger, autour des fameuses falaises de Bandiagara. L’origine des Dogons repose sur une migration ancienne pour laquelle deux hypothèses sont avancées : une fuite sous la pressions des Almoravides (XIe siècle), une migration depuis le centre de l’Empire Keita (au XIIIe et XIVe siècles)(1). En arrivant à Bandiagara, les Dogons trouvent et chassent les Kouroumba, peuple qu’ils appellent les Tellem dans leur mythologie. L’habitat le long de ces falaises n’a pas empêché les Dogons de subir la pression de peuples voisins, les Songhaïs, les Banmanas, les Fulbes, les Toucouleurs et enfin… les coloniaux français.
L’école d’ethnologie française, dirigée par Marcel Griaule, se passionne pour ce peuple d’agriculteurs dont les traditions révèlent une culture complexe. Toute une génération d’ethnologues et d’écrivains se forme dans le sillage de Griaule au cours de plusieurs missions : Germaine Dieterlen, Denise Paume, Solange de Ganay, André Schaeffner ou encore Michel Leiris (2). Les ethnologues, aidés de leurs informateurs, recueillent des mythes auprès des vieux sages, assistent à des sorties de masques, etc. Ces observations donneront lieu à de nombreuses publications scientifiques, et à la diffusion de reproductions de masques et de mythes romancés auprès du grand public.
Aujourd’hui, le territoire dogon, appelé “pays dogon”, demeure un site exceptionnel, habité par des êtres dont les traditions et les masques fascinent, mais il est aussi devenu une destination touristique de premier ordre et une sorte d’utopie folklorique (3).
Je suis du reste passé en pays dogon, lors d’un merveilleux voyage au Mali en aout 1997.
SOURCES / DATATION ET CONTEXTUALISATION
Cette cosmologie est principalement basée sur une sélection raisonnée de travaux de Marcel Griaule (1898-1956).
Il convient de distinguer deux périodes de collectes d’informations et de publications chez Griaule : 1/ Les années 1930, avec Masques Dogons qui demeure un ouvrage de référence. 2/ Les années 1950, avec Dieu d’eau et Le Renard pâle. Ces deux derniers ouvrages sont basés sur des entretiens réalisés avec un vieux sage Dogon appelé Ogotemmêli. Cette dernière période a été critiquée par les exégèses d’anthropologues modernes (voir retour sur la critique des anthropologues).
• Source principale : Masques Dogons (1938). Au début de cet ouvrage consacré à la symbolique et l’usage des masques, de précieuses informations sur la cosmogonie, la structure et la description du système du monde sont présentées. Ces informations correspondent à une enquête de terrain menées au début des années 1930. Il ne contient que très peu d’informations sur les astres et l’observation du ciel.
• Source secondaire : Le Renard pâle (1965). Les mythes ont été collectés au cours d’une enquête qui remonte à 1954. Le Renard pâle est avant tout un très long exposé cosmogonique qui contient de nombreux mythes relatifs aux astres. Mais ces informations sont à prendre avec précaution. Il est possible de les utiliser à condition de mentionner leurs critiques.
En revanche, j’ai exclu le fameux Dieu d’eau : non seulement la source du livre est la même que Renard Pâle (les entretien avec Ogotemmêli, le recours aux mêmes informateurs et traducteurs), mais en plus les informations recueillies sont romancées, donc déformées par un dispositif littéraire qui sort du champ d’étude anthropologique approprié pour ce genre d’étude.
• Autre source : L’éclairage et la critique des anthropologues modernes
A partir des années 1970, des anthropologues passent au crible l’œuvre de Griaule, ils lui reprochent de ne pas maîtriser la langue du peuple étudié, de passer par des traducteurs (Ambara et Amadingué) dont la fiabilité serait douteuse, de recourir à des méthodes “judiciaire” et “militaire”, de trop s’intéresser à la numérologie et au symbolisme. Pour Walter van Beek, l’auteur le plus critique, les entretiens d’Ogotemmêli sont une “fiction interculturelle” (4).
Pour mieux comprendre ces travaux, rappelons plusieurs points importants de contextualisation :
- Marcel Griaule est un homme de son temps, une époque où l’Afrique est marquée par le phénomène colonial.
- L’ethnologue français avait un “projet” visant à réhabiliter la culture africaine. Dans la revue Psychée en 1947, il écrit : “Il convient de dire à l’Européen, comme à l’Américain, que les temps sont révolus où ils pouvaient se croire les rois du monde et où ils tenaient dans une affection condescendante ou dans un mépris souverain les peuples conquis en vertu du droit du plus civilisé, du plus fort.” (5).
- L’ethnologie est devenue anthropologie. Les sciences humaines évoluent au gré des époques et des idéologies, l’analyse du fait social a remplacé l’étude du champ religieux et du symbolique, au point que les anthropologue des années 1970-80-90 se sont désintéressés des cosmologies traditionnelles. Mais depuis quelques temps, l’étude du religieux revient sous d’autres formes, etc.
• Le problème de la récupération par des ufologues
Malheureusement, les informations concernant Sirius et le mythe de l’arche du Nommo ont été récupérées par des ufologues (6) peu soucieux de méthodes scientifiques, semant davantage le trouble dans cette compréhension de l’œuvre de Griaule. Ces interprétations n’ont pas lieu d’être dans la présentation de l’observation du ciel chez les Dogons.
QUELQUES CARACTERISTIQUES
• Une tradition orale
Cette cosmologie est une tradition orale rapportée par des anthropologues aidés de traducteurs/informateurs. Comme dans de nombreux autres contextes culturels où ce genre de méthode est utilisée, il ne faut pas chercher de tradition “authentique”, “vraie”, mais disons que cette vision du monde “tend” à rendre compte d’une tradition. De plus, cette tradition mélange des mythes et des observations concrètes de l’environnement, notamment des phénomènes célestes et des mouvements des astres. Les informations qui résultent de ce mélange peuvent paraître fantaisistes, contradictoires aux yeux de la logique moderne, mais elles relèvent d’un mode de transmission opératoire qui est fréquent lorsqu’on décortique des cosmologies dites “traditionnelles” : il se caractérise par le “bricolage” (7).
• Un savoir réservé à quelques individus : les Hogons
Ce n’est pas la vision d’un peuple dont il est question mais celle d’un groupe d’individus, en l’occurrence les Hogons, hauts dignitaires religieux, vieux sages, membres de confréries initiatiques fermées, gardiens des traditions.
• Des influences exogènes
Les cosmologies “bricolent” des savoirs complexes en superposant des informations issues de divers registres mais aussi diverses sources, certaines sont liées à une tradition transmise dans la communauté, d’autres sont des emprunts réalisés à d’autres cosmologies, en l’occurrence souvent issues de cultures dominantes ou omniprésentes. On peut ainsi parler de phénomènes d’acculturation.
Chez les Dogons, on suppose des influences extérieures plurielles :
- La cosmologie musulmane : Comme dans de nombreuses cosmologies subsahariennes (comme les Banman ou les Fulbe voisins), la cosmologie musulmane a influencé les cosmologies traditionnelles (8). Quelques indices vont dans ce sens : le nombre de ciels (importance du chiffre 7), le modèle en étages correspondent au “Récit de l’échelle de Mahomet” (9).
- Le récit de la Genèse : La cosmogonie dogon de Masques dogons mentionne des éléments qui évoquent la Genèse : une creation ex-nihilo, un premier couple humain (Adama et Awa) (10), etc.
- Des échanges avec des missionnaires : des échanges sont attestés au début des années 1930 à Sanga. Il est donc est posible que des missionnaires aient pu transmettre des informations relatives au ciel aux Dogons (11), des éléments totalement absents des périodes d’investigation d’avant-guerre : Sirius et ses compagnons, les satellites de Jupiter, le motif en spirale des mondes, etc.
- Des traditions d’ethnies proches : certains mythes dogons sont des emprunts à des mythes d’ethnies voisines, comme les Mossis, les Bozos, les Songhaïs. Ces histoires peuvent être racontées en public, on les appelle êwênê (12). La trace de ces emprunts peut s’accentuer selon les informateurs.
L’accumulation de races d’emprunts à des récits étrangers mettent à mal la prétendue authenticité des mythes dogons.
COSMOGONIE
Les mythes qui racontent la création du monde contiennent souvent des informations sur la terre, le ciel, les astres, etc. Chez les Dogons, le récit cosmogonique occupe une place très importante dans la mythologie rapportée par l’école française d’ethnologie. Marcel Griaule et Germaine Dieterlen en décrivent les étapes dans des centaines de pages, dont certaines sont particulièrement ésotériques. Entre Masques Dogons et Le Renard pâle, on remarque deux cosmogonies apparemment très différentes, le récit d’avant guerre est sommaire tandis que celui d’après-guerre est long et d’une grande complexité. Dans Le Renard pâle de nombreux détails sont donnés sur les astres, Sirius et ses compagnons, etc.
Pour le mythe cosmogonique, en tant que récit, nous proposons de nous limiter au mythe le plus authentique, le moins critiqué par les anthropologues modernes, à savoir celui présenté dans Masques Dogons.
• Source principale : Masques dogons (13)
- Création du monde : Amma créé le ciel, la terre, l’eau et le génie Nommo. 14 terres et 14 ciels sont empilés. Il fait descendre le génie sur la terre sur une arche par le chemin de l’arc-en-ciel. Il crée des êtres immortels : le caméléon, la tortue, les esprits Yeban (des rochers), les arbres, les plantes, le lézard, les rapaces, la tourterelle, le lion, l’hyène, la panthère, le hibou. Puis il créé l’homme et la femme (“selon certains informateurs, l’homme s’appelait Adama et la femme Hawa“). En ce temps-là les humains étaient aussi immortels, leur âme pouvait quitter leur corps pour se rendre dans le monde des génies Yeban. Leur corps pouvait se transformer en grand serpent pour les rejoindre.
- Destruction du premier monde : La Terre et le Ciel des humains se sont mis à se quereller, la Terre prétendit être la plus vieille, provoquant la fureur de l’Amma du monde d’en bas (Il y a un Amma par monde, celui du bas est le plus vieux et le plus puissant.). Amma renversa le poteau du bas, faisant tomber le ciel sur la terre, et chaque Amma l’imita, si bien que tous les êtres furent broyés. Les seuls épargnés furent les vieilards transformés en serpents et les esprits Yeban.
- Reconstruction : “La Terre reconnut que le Ciel était le plus fort”. Les Amma de chaque monde redressèrent l’édifice mais le ciel était si bas que les nouveaux hommes (Andoumboulou) ne pouvaient pas grandir.
- La lune griffée : “La lune était alors comme un miroir fraîchement formé de matière molle. L’hyène, l’ayant trouvée belle, voulut la toucher de sa griffe et laissa au centre une empreinte, car l’astre était encore chaud”.
- Les étoiles sont des jouets : “A cette époque, les femmes prenaient les étoiles pour les donner aux enfants.” Puis les femmes remettaient les jouets à leur place.
- Le ciel est trop bas : Le soleil était si proche de la Terre qu’il brûlait les hommes et le ciel si bas qu’il gênait les femme lorsqu’elles utilisaient leur pilon. C’est une vieille qui repoussa le Ciel avec son pilon à la place qu’il occupe aujourd’hui. Les hommes purent enfin grandir…
(étapes intermédiaires : invention du feu par le forgeron, invention de l’agriculture, domestication des animaux.)
- Nouvelle querelle de la Terre et du Ciel : La Terre déclare être plus grande que le Ciel, provoquant à nouveau la colère d’Amma. Il monta au Ciel et empêcha la pluie de tomber. Grâce aux coups du forgeron, aux tambours d’un cordonnier, qui vénéraient Amma celui-ci redscendit sur terre et fit tomber la pluie. “Amma est grand, la terre est petite”.
(étapes finales : découverte des fibres par une femme, apparition de la mort, invention du Sigui, etc.).
SYSTEME DU MONDE
Dans Masques Dogons, dès la deuxième page du mythe cosmogonique, un système du monde est en marche, une représentation est donnée, un schéma est même utilisé en marge du récit. On ne retrouve pas cette approche dans les ouvrages d’après-guerre, la tentation de donner à voir un système complet a été remplacée par une profusion détails sur les objets célestes.
Alors que Masques Dogons demeure notre source principale, nous avons cru bon de mentionner les indices cosmologiques présents dans Le Renard pâle, à titre d’indication. On décèle quelques convergences comme la structure du monde basée sur le chiffre 7, l’archétype du système du monde figuré par un cercle traversé par un axe aux extrémités évasées. Mais aussi des divergences comme sur le mouvement de la terre, ou le rôle de spirale.
• Source principale : Masques dogons (14)
- une terre circulaire entourée par un serpent : “La terre ronde et plate, entourée d’une grande étendue d’eau nęn di, eau de sel, en forme de couronne. Cette mer elle-même est encerclée par un immense serpent, yuguru na, qui maintient l’ensemble en se mordant la queue. S’il venait à lâcher prise, tout s’effondrererait. “
- l’axe du monde : “Au centre de la terre, au nord des falaises, s’élève un poteau de fer, amma dyĩ (…). Il monte jusqu’à une autre terre qu’il soutient sans la traverser et qui se trouve au-dessus du ciel visible (…).” Ce poteau a une forme évasée aux extrémités.
- les 14 mondes : “La terre du dessus est comparable à celle où sont les hommes. Sept disques s’étagent ainsi vers le haut. D’autres part, la terre des hommes est la première d’une série de sept qui s’étagent en dessous.”.
- mouvement : “pour chaque disque, il existe un soleil et une lune ; le soleil est au-dessus des confins de la terre dont il n’éclaire qu’une partie, comme une lampe. Il est immobile, tandis que le disque tourne en un jour autour de son pivot de fer. Ainsi, tous les pays sont tour à tour éclairés.” (note : “pour un observateur placé sur terre= la terre tourne dans le sens des aiguilles d’une montre”).
• Complément : Anecdote rapportée par Michel Leiris (15)
- terre plate : Michel Leiris, qui a participé à la découverte des Dogons au cours de la fameuse expédition Dakar-Djibouti rapporte un épisode intéressant sur Ambara, un informateur de Griaule : “Ce matin, il racontait à Griaule que, lorsque lui et ses camarades de l’école avaient dit, après une leçon de cosmographie, aux vieux que la terre était ronde, ils avaient été battus”. ce qui suppose que les Hogons croyaient que la terre est plate.
• Complément contradictoire : Le Renard Pâle (16)
- terre :“la terre se trouve dans un “monde d’étoiles en spirale”.
- axe : le monde d’étoiles en spirale de la terre tourne autour d’une axe qui relie la polaire à la Croix du Sud.
- mouvement des étoiles : “Les étoiles tournent dans le ciel. Les étoiles sont le signes inconnus d’Amma qui tournent dans le ciel”.
- double mouvement de la terre : “La terre tourne sur elle-même et parcourt d’autres part un grand cercle, adunǫ ḏigili “cercle du monde”, comme une toupie dont la rotation est accompagnée d’un mouvement circulaire”.
DESCRIPTION DES ASTRES
Il y a un grand déséquilibre entre Masques Dogons et Le Renard Pâle dans les mythes et descriptions des astres. Dans le premier ils sont quasi inexistants tandis que le deuxième en contient beaucoup, peu-être trop…
Dans les années 1990, Walter van Beek a remis en question les informations relatives à Sirius et ses compagnons.
Source principale : Masques dogons
Dans ce mythe il y a juste un épisode sur le soleil et la lune :”il existe un soleil et une lune ; le soleil est au-dessus des confins de la terre dont il n’éclaire qu’une partie, comme une lampe. Il est immobile”. et l’épisode sur les étoiles qui sont des jouets (voir cosmogonie).
Complément : Le Renard Pâle (17)
Renard pâle fourmille d’informations, parfois étranges…
• Voie Lactée
- yalu ulo, “Voie lactée de notre galaxie, qui résume l’ensemble du monde stellaire dont fait partie la Terre, lequel tourne en spirale” (p. 104)
• La spirale
Le mot “sprirale” revient à plusieurs reprises dans le Renard Pâle, alors qu’il est complètement absent des premières investigations de Griaule. Il est cité dans des extraits traduits et dans des commentaires, sous la forme d’un motif cosmogonique ou cosmologique :
- un motif cosmogonique (résumé du début du chapitre I) :
La spirale est au cœur de la création d’Amma, elle symbolise le dieu lui-même, l’énergie, le mouvement.
Après avoir créé et détruit un premier monde Amma en façonne un deuxième. Amma décide de ne plus superposer ses éléments mais de les mélanger. En son sein, dans l’œuf toujours divisé en 4 parties, Amma dessine les marques yala de l’univers, au nombre de 266 et anime une spirale au centre de l’œuf. Il ouvre les yeux, faisant sortir les yala de la spirale, inversant le sens de rotation de la spirale. La sortie des yala de la spirale les transforme en tõnu, annonçant la création des astres. Dans l’œuf d’autres yala, des jumeaux, inversent à nouveau le sens de rotation de la spirale, transformant la spirale en 7 “limites de l’espace”, yalu ulo.
“(…) le terme yalu ulo désigne la Voie lactée de notre galaxie, qui résume l’ensemble du monde stellaire dont fait partie la Terre, lequel tourne spirale. Le nombre 7 exprime la multiplication car il totalise 3 qui symbolise le sexe de l’homme et 4, le sexe de la femme.”
Amma, toujours au centre de l’œuf, “était lui-même comme un mouvement spiralant” créé la graine ovale de põ (fonio-digitaria exilis) et la dépose au centre. Cette petite graine, invisible, inaudible, contient la volonté créatrice d’Amma, puis sa parole. Puis Amma créé les 8 graines de céréale : ęmmę ya “mère des céréales” (sorgho femelle), ęmmę dī giru “œil de l’eau”, ęmmę pilu, ęmmę nakolo, ara gęũ (riz noir), yũ (mil), nũ (haricot), namu ī(cotonier. L’œuf s’est transformé en placenta double (même racine que cuivre) dans lequel les premiers êtres animés se forment, les Nommo anagonno, (silure), dotés de parole. Amma multilplie ses créatures, formant quatre paires de jumeaux mixtes : Nommo dię “grand Nommo” (reste au ciel près d’Amma, régisseur de l’atmosphère, de la pluie, se manifeste sous forme d’orage, d’arc-en-ciel (Nommo sizu “chemin de Nommo), Nommo titiyaynę “messager du Nommo” (protecteur et gardien des principes spirituels, sacrificateur), o nommo ‘nommo de la marre” (sera sacrifié à cause des actes néfastes de son jumeau, c’est lui qui sera rescuscité et descendra sur terre avec les premiers hommes sur une arche), nommo anagono ou Ogo, (c’est lui qui se révolte contre son créateur, introduira le désordre et se transformera en renard).
- un motif cosmologique :
Pour décrire le monde, la spirale revêt ici un sens plus fonctionnel, le motif sert à maintenir l’ordre du monde. Chose étrange, le motif se répète, à l’image des mondes :
La Voie lactée est “l’image de la spirale des astres à l’intérieur du mondes d’étoiles en spirale où se trouve la Terre”. (p.321 + 169).
“L’ensemble des étoiles, celles qui font partie du monde d’étoiles en spirale où se trouve la Terre, visibles ou invisibles dans le firmament et celles qui font partie des autres mondes d’étoiles en spirales créés par Amma sont également en rapport avec l’ensemble des signes, expressions première de la pensée du Créateur. (…)”(p.466).
Il y a donc plusieurs mondes d’étoiles en spirales, le notre (celui où se trouve la Terre) et bien d’autres. En d’autres termes il y a une pluralité de mondes d’étoiles en spirales.
Plus loin, les anthropologues ajoutent “Le monde d’étoiles en spirale où se trouve la Terre, souligné par la Voie Lactée, tourne autour d’un axe théorique qui relie la Polaire, dū daga tolo “étoile du nord” à la Croix du Sud tenulu tolo “étoile du sud”, astres dits “yeux d’Amma”, lesquels soutiennent et surveillent le monde.” (p. 466).
“Le soleil tourne sur lui-même, comme sous l’effet d’un immense ressort en spirale. Renforcée par les “cordes” de pluie qui pénètrent en elle, la Terre tourne sur elle même et parcourt d’autre part un grand cercle adunǫ digili “cercle du monde”, comme une toupie dont la rotation est accompagnée d’un déplacement circulaire.” (p. 477)
• Etoiles
-”Les étoiles tournent dans le ciel. Les étoiles sont le signes inconnus d’Amma qui tournent dans le ciel”.
- Polaire : aduno girī, “œil du monde”, dū daga tolo “étoile du nord”
- Croix du Sud : aduno girī lẹy, “deuxième œil du monde”, enulu tolo “étoile du sud”
- Baudrier d’Orion : atānu tolo, “étoiles trois”
Groupe d’étoiles = “soutien de l’assise du monde”, témoins des signes maîtres et guides des 266 signes primordiaux :
- Sirius : sigi tolo, “étoile du Sigui”
avec ses compagnons, elles sont les “étoiles de la tête”
- 4 étoiles du chariot d’Orion : ami bogu tolo, “étoiles du nombril d’Amma”
- Pléiades : tôle ḏuṅo
- étoile du chevrier : ęnęgirinę tolo
• Sirius et ses deux compagnons
- Sirius : sigi tolo, “étoile du Sigui”
- premier compagnon de Sirius : põ tolo, “profond commencement” ou “étoile du folio”, révolution autour de Sirius en 50 ans.
“‘Amma a créé põ tolo la première de toutes les étoiles.”, et joue donc un rôle primordial dans la cosmogonie.
“Elle est la plus importante de toutes les étoiles”,
“(…) considérée comme le centre du monde stellaire”.
“Quand plus tard, ils (les hommes) la verront dans le ciel, elle leur sera un témoignage de renouvellement du monde”
“Elle est semblable à l’œuf du monde”, “considérée comme le réservoir, la source de toutes les choses. Elle est la plus petite, mais aussi la plus lourde des choses célestes”.
composée des éléments de base : air, feu et eau. avec un métal très lourd : “si l’on assimilait la dimension de son diamètre à celle d’une peau de bœuf étendu (…), elle pèserait aussi lourd que 480 charges d’âne (environ 35 000 kg)
Comme les autres étoiles elle s’est éloignée de la Terre (contrairement au soleil).
C’est le mouvement de põ tôlo qui maintient toutes les autres étoiles à leur place respectives.
“soutenant l’univers en tournant sur elle-même et autour de Sirius, on dit d’elle, qu’elle est le pilier des étoiles” C’est l’axe du monde entier.
- deuxième compagnon de Sirius : ęmmę ya tolo, “petit soleil des femmes”.
C’est le siège des âmes femelles. Plus volumineuse que põ tolo mais 4 fois plus légère. Elle met également 50 ans pour tourner autour de Sirius selon une trajectoire plus vaste (note : “d’après une autre information, sa révolution serait de 32 années”).
Elle tourne pour transmettre les ordres de põ tolo à Sirius.
les autres étoiles sont les “étoiles du corps”
- lever héliaque de Sirius : conjonction des deux placentas initiaux. “Le lever héliaque de Sirius (…) et la révolution de põ tolo (…) autour de cette dernière, seront associés à l’éxécution des cérémonies soixantenaires du Sigui qui commémorent actuellement à la fois la révélation e la parole aux hommes et l’apparition de la mort sur Terre.”
• Soleil et Lune
- Soleil : nay, “quatre”, chiffre féminin. Resté proche de la terre.
Il tourne sur lui-même, “comme sous l’effet d’un immense ressort en spirale”). C’est un reste du placenta d’Ogo (Le renard pâle). Distribue la lumière avec 22 rayons, répartis selon les points cardinaux.
“Il pousse le matin (…) il est alors le “soleil du levant”. Dans la journée il suit le “chemin de la chaîne de l’arche”. Quand il se couche on dit qu’il “est tombé dans l’arche”.
“Les deux mouvements apparents du soleil déterminent le jour (bay) et la nuit (digę), d’une part ; les solstices (dū daga nay “soleil du nord, teṅulu nay “soleil du sud”) et les équinoxes (nay logoron “soleil du milieu”), d’autre part.
C’est le génie Nommo qui le fait marcher d’est en ouest. Ses rayons sont des artères où circule le sang du placenta toujours qui nourrit la terre sèche.
- Lune : ie pilu, sèche et morte. Un sang impur y circule (cf sang des menstrues). Quand la lune est pleine c’est qu’elle a reçu le sang que lui envoie le soleil puis elle dépérit à nouveau. Les phases de la lune sont aussi associées à l’ouverture de la bouche du Nommo. La nouvelle lune (le Nommo se tait) est un moment défavorable où survient la mort. Le calendrier lunaire est le calendrier courant. La lune marque le temps qu’ a mis Ogo pour arracher son placenta et former la terre. 2 mois = 60 jours correspondent aux 60 trous faits par Ogo dans son propre placenta.
• Planètes
Les planètes sont appelées Tole tãnaze, “étoiles qui traversent” ou “étoilent qui tournent”, par opposition aux étoiles fixes.
- Vénus : dana tolo, “étoile de la fontanelle”. 6 positions majeures sont observées au cours de l’année, un calendrier vénusien est ainsi associé à diverses activités humaines : agricole avec les étapes de germination, de développement, de récolte des céréales de base (mil).
Vénus est associée à plusieurs épisodes mythologiques majeurs : sacrifice de Nommo, circoncision du Renard. Les positions de Vénus sont liées à une série d’autels et de pierres levées rappelant les mythes primordiaux comme la circoncision d’êtres mythiques. Le calendrier n’est plus respecté pour la circoncision.
- Jupiter : dana tolo, “étoile de la fontanelle”
satellite de Jupiter : bala tolo, “étoile de l’arbre balā”
satellite de Jupiter : dana tolo, “étoile de la fontanelle”
satellite de Jupiter : gẹrẹllẹ tolo, “étoile du gẹrẹllẹ”
satellite de Jupiter : dana tolo, “étoile de la fontanelle”
• Important complément contradictoire : les recherches de Walter van Beek
Walter Van Beek a passé dix années auprès des Dogons dans les années 1980… et dans sa critique des méthodes de Griaule (valables pour Le Renard pâle et Dieu d’eau), il affirme plusieurs désaccords retentissants :
- les Dogons n’ont qu’une astronomie très rudimentaire.
- les Dogons n’utilisent pas les étoiles dans leurs rituels.
- les Dogons n’utilisent que les positions du soleil et de la lune pour compter les jours.
- les Dogons connaissent bien Sirius mais l’appellent dana tolo.
- ses informateurs n’ont jamais entendu parler de Sirius comme une étoile double ou triple. Van Beek n’a donc pas retrouvé la trace du mythe de Sirius et de ses compagnons. Il a retrouvé Amadingue, un informateur qui avait travaillé avec l’équipe de Griaule, dont Ambara l’informateur principal… d’après Amadingue, Ambara n’a jamais parlé en terme d’étoile-double ou triple mais “d’étoiles de différentes générations” (Sirius serait alors le grand-père, les deux autres le père et le fils). Les deux autres étoiles ne seraient que deux étoiles de la constellation du chien.
BIBLIOGRAPHIE
- Beaudouin Gérard, Les Dogons du Mali, Armand Colin, Paris, 1984.
- Jacky Bouju, Graine de l’homme, enfant du mil, Paris, société d’ethnographie, 1984.
- Doquet Anne, Se montrer Dogon, Les mises en scène de l’identité ethnique, Le Cerce no 5, automne 2002.
- Griaule Marcel, Masques Dogon, Institut d’ethnologie, Paris, 1938
- Griaule Marcel, Dieterlen Germaine, Le Renard pâle, Institut d’ethnologie, Paris, 1965
- Griaule Marcel, Dieu d’eau, entretiens avec Ogotemmêli, Fayard, Paris, 1966
- Griaule Marcel, Mythe de l’organisation du monde chez les dogons du Soudan, revue Psychée, no 6, Paris, avril 1947.
- Griaule Marcel, L’image du monde au Soudan, Journal de la Socité des africanistes, tome XIX, 1949, pp. 81-88.
- Griaule Marcel et Dieterlen Germaine, Un système soudanais de Sirius, Journal des Africanistes, 1950, tome XX, p. 273-294
- Jodra Serge, L’astronome dogon, Le étoiles du sacrifice, Ciel et espace, mai 1996, no 313.
- Leiris Michel, l’Afrique fantôme, Gallimard, Paris, 1996 (première édition 1934).
- Lévi-Strauss Claude, La Pensée sauvage, Paris, Gallimard, 2008.
- van Beek Walter E. A. , Dogon restudied, Current anthropology, no 32, pp. 139-168, 1991.
- van Beek Walter E. A. et Jansen Jan, La Mission Griaule à Kangaba (Mali), Cahiers d’études africaines, pp. 363-376, no 158 (2000).
- Le Livre de l’échelle de Mahomet, trad. Gisèle Beson et Michèle Brossard-Dandré, Le livre de Poche, Paris, 1996.
NOTES
- (1) Gérard Beaudouin, Les Dogons du Mali, Armand Colin, Paris, 1984, p.34-35.
- (2) Voici comment Michel Leiris décrit ses premières impressions en arrivant à Sanga le 29 septembre 1931 : “Tout ce que nous connaissons en fait de Nègres ou de Blancs prend figure de voyous, de goujats, plaisantins lugubres à côté de ces gens. Formidable religiosité. Le sacré nage dans tous les coins. Tout semble sage et grave.” Michel Leiris, l’Afrique fantôme, Gallimard, Paris, 1996, p.213.
- (3) Lire à ce propos l’article d’Anne Doquet, Les mises en scène de l’identité ethnique, Le Cerce no 5, automne 2002.
- (4) L’article de Walter E. A. van Beek, basée sur une expérience longue sur le terrain remet en question toutes les analyses de Marcel Griaule. L’article est suivi d’un débat avec les points de vue d’autres anthropologues qui ne vont pas aussi loin que lui.
- (5) Marcel Griaule, Mythe de l’organisation du monde chez mes dogons du Soudan, revue Psychée, no 6, Paris, avril 1947.
- (6) Il est surtout question ici de The Sirius mystery de Robert K.G Temple, 1975.
- (7) La notion de bricolage décrite par Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage (Paris, Gallimard, 2008, p. 581) est un outil conceptuel particulièrement utile pour la compréhension des mythes.
- (8) Walter E. A. van Beek mentionne l’influence de l’Islam sans vraiment le démontrer (Dogon restudied, A Field Evaluation of the Work of. Marcel Griaule, p. 157).
- (9) voir Le Livre de l’échelle de Mahomet, Paris, Le livre de Poche, 1991, p. 273.
- (10) Masques Dogons.
- (11) Walter E. A. van Beek cite les travaux de Carl Sagan.
- (12) Walter E. A. van Beek, Dogon restudied, A Field Evaluation of the Work of. Marcel Griaule, Current Anthropology, no 32, 1991,p. 150.
- (13) Marcel Griaule, Masques Dogon, Institut d’ethnologie, Paris, 1938, pp. 47-48, 131.
- (14) Marcel Griaule, Masques Dogon, Institut d’ethnologie, Paris, 1938, p. 43.
- (15) Michel Leiris, l’Afrique fantôme, Gallimard, Paris, 1996 (première édition 1934), p. 223.
- (16) Marcel Griaule, Germaine Dieterlen, Le Renard pâle, Institut d’ethnologie, Paris, 1965, p. 466.
- (17) ibid, pp. 104, 466-472,
- (18) Walter E. A. van Beek, Dogon restudied, Current anthropology, no 32, pp. 139-168, 1991.
Discours sur l’origine de l’univers
Le dernier livre d’Etienne Klein dresse un état des lieux des connaissances sur l’origine et la formation de l’univers.
“Si l’univers a une origine, c’est-à-dire s’il a résulté d’un extraction hors du néant, celle-ci est indicible. Sur elle, nous ne pouvons faire que silence.”
“La cosmologie nous apparaît pour ce qu’elle est, une discipline à la fois globalisante et incomplète : globalisante, car elle ambitionne de construire un formalisme unique capable de décrire toutes les interactions fondamentales de l’univers. Incomplète, car cette théorie du tout (…), ne saurait être considérée a priori comme une théorie de tout.”
Nouvelles planètes sous l’aile du cygne
Dans la constellation du cygne, à 2000 années-lumière de la Terre, la sonde Kepler vient de découvrir un nouveau système solaire.
Ce nouveau système tourne autour d’une étoile baptisée Kepler 11 (voir dessin). 6 planètes gravitent autour de Kepler 11 : elles sont toutes plus grandes, plus massives que la Terre, et plus proches de leur étoile que la Terre ne l’est du Soleil.
D’autres découvertes de la même sonde Kepler devraient suivre, avec des planètes dont les densités pourraient se rapprocher de celle de notre Terre…
(source : Nasa : http://kepler.nasa.gov/news/index.cfm?FuseAction=ShowNews&NewsID=98)
Exposition des terres à Quimper
Médiathèque de Pluguffan
Exposition destinée aux enfants
dans le cadre “L’échappée des livres”
Du 25 janvier 2011 au 12 février 2011.
Voici quelques informations complémentaires…
D’où viennent les images du Livre des Terres imaginées ?
Le Livre des Terres imaginées est d’abord un travail de recherche dans des bibliothèques ! Pour comprendre comment les hommes ont imaginé la forme de la terre il a fallu consulter de nombreux ouvrages d’histoire, d’anthropologie, de géographie…
Comment les images sont-elles faites ?
J’ai rempli des carnets de notes et d’esquisses pour ne pas perdre mes sources et mes idées. Puis j’ai amélioré, affiné mes dessins au crayon qui me servent de base. J’utilise de l’aquarelle pour travailler la mise en couleur. Parfois je compose des images entièrement à la main, d’autres fois à l’ordinateur. Dans ce dernier cas, je décompose tous les éléments, tracés, textures à l’aquerelle ou à la gouche. Puis j’utilise mon scanner pour numériser tous ces éléments. Et enfin, j’assemble le tout dans le logiciel photoshop.
Pour comprendre la diversité des formes imaginées, je propose une approche intuitive, par familles de formes :
Première famille de terre : Les Terres-îles
Dans les mythes, les légendes, ou dans les textes d’anciennes religions, la Terre est parfois mentionnée. Dans ces récits, la géographie est symbolique, sans descriptions précises. Bien souvent la terre est alors plate, “comme une table”. Cette vision est parfois associée à l’idée d’île, dans le sens où la terre est entourée par la mer, c’est la raison pour laquelle j’ai appelé la première partie du livre les “Terres-îles”.
Curieusement, de nombreuses légendes décrivent plus ce qui est sous la terre que sa forme ou sa taille… Comment la Terre tient-elle ? C’est là que l’imaginaire des mythes déploie toute son inventivité… un poisson géant chez les Tatars, un échafaudage de 4 éléphants sur une tortue elle-même posée sur un serpent gant chez les Hindous, trois colonnes pour les Indiens Wayapis, un serpent géant les Fons, une tortue chez les Indiens Hurons, un buffle chez les Minangkabaus etc…. Tous ces animaux montrent la fragilité du monde, la précarité du genre humain. La terre est posée en équilibre et est prête à être renversée. Ces mythes sont souvent des explications de phénomènes naturels exceptionnels et marquants comme les tremblements de terre ou les déluges.

Pour les Minangkabaus d'Indonésie, la terre est plate, posée sur un buffle qui est sur un œuf géant, le tout en équilibre sur le dos d'un poisson... (source : - LOEB EDWIN M., Sumatra, its History and People, Oxford University press, 1974). ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.
Deuxième famille de terre : Les terres plates et polygonales
Certaines descriptions de la terre donnent lieu à des visions plus détaillées, la terre peut avoir des limites, des dimensions, une forme précise. Dans cette famille où la géographie symbolique se mêle avec la géographie decriptive, j’ai trouvé quelques cartes de terres carrées ou rectangulaires. Au regard de ce que j’ai pu trouvé par ailleurs, ces visions de la terre (dont deux exemples sont reprioduits ci-dessous), font figure d’exception.

Cette géographie est extraite d’un écrit laissé par Cosmas, grec de Syrie, établi à Alexandrie au VIe siècle après J.C.. Cet écrit était accompagné de cartes dont les proportions sont respectées dans les dessins du « Livre des Terre imaginées ». La vison du monde est justifiée par l’auteur par un appareil dogmatique chrétien, mais cette géographie ne représente pas pour autant « la » vision de la Terre des Chrétiens de cette époque. - COSMAS INDICOPLEUSTÈS, La topographie chrétienne - Cerf, Paris, 1968. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Pour un Chinois appelé Liu An, au IIe siècle avant J.C., la terre est plate et carrée. Toute la géographie de la terre est très organisée, avec la Chine au milieu du monde. (Source : Huainan zi, sous la direction de Charles le Blanc et Rémi Matthieu. Gallimard, Paris, 2003.) ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.
Troisième famille de terre : Les terres plates et circulaires
Après les quelques terres polygonales, voici les terres plates et circulaires. Comme une assiette ! On les trouve partout dans le monde. Parfois ce sont de simples géographies symboliques, parfois elles mêlent géographies symboliques et descriptives.
Ces visions circulaires correspondent souvent à une représentation du ciel, presque systématiquement associée au cercle, donc au cycle du temps. Les terres plates et circulaires ont un centre puisque leur tracé est calqué sur celui d’un cercle. Ce centre donne lieu à bien des explications… un lieu de communication entre le haut et bas, entre les mondes humains et divins, ou entre mortels et immortels, un axe cosmique symbolisé par une montagne, un arbre, un poteau de fer, etc.

Cette géographie s’inspire de plusieurs lectures : les légendes décrites par Homère, Hésiode, ainsi que les recherches menées par des spécialistes de la culture grecque antique comme Jean-Pierre Vernant ou Alain Ballabriga. Il faut ajouter la carte dessinée par A. Vuillemin à la fin du xixe siècle.(Source principales : HOMÈRE, Iliade, trad. Frédéric Mugler, Paris, Actes Sud, 1995. - HOMÈRE, Odyssée, trad. Philippe Jacottet, Paris, La Découverte, 1982. - HÉSIODE, Théogonie, Gallimard, Paris, 1995. BALLABRIGA ALAIN, Le Soleil et le Tartare-L’image mythique du monde en Grèce archaïque, éditions de l’école des Hautes études en sciences sociales, Paris, 1986.). © Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.
Les exceptions : Les terres convexes
A mi-chemin entre les Terre plates et les terres rondes, quelques chamanes et scientifiques ont imaginé des terres… bombées ! Ces géographies sont rares.
Ci-dessous 3 exemples :
- la Terre de Chen Zi, en forme de bol renversé. Cette géographie correspond est une des plus anciennes théories scientifiques chinoises, la théorie dite “Kai tian”, du “ciel couvrant” où le ciel est comme un bol renvérsé. J’ai puisé mes informations dans l’histoire des sciences, avec l’aide du sinologue Marc Kalinoswski qui m’a recommandé la lecture des travaux de Christopher Cullen.
- la terre comme une montagne des Indiens Huni Kuin (Pérou). Cette géographie symbolique vient des recherches de l’anthropologue français Patrick Deshayes.
- la terre comme une lentille des Indiens Yanomami (Vénézuela).
Quatrième famille de terre : Les terres sphéroïdales
L’hypothèse de la rotondité de la terre revient aux philosophes et penseurs Grecs : Pythagore, Platon, Aristote… En observant la forme de l’ombre projetée sur la lune lors des éclipses, en regardant les navires s’éloigner des côtes (à l’horizon, la coque des navires disparaît avant le mât), ils posé l’hypothèse de la rotondité de la terre. S’inspirant de la géométrie et de la sphère, ils ont imaginé une terre parfaitement sphérique !

La Terre selon le philosophe grec Platon (Ve siècle avant J.C.) : Une sphère parfaite ! Platon était probablement influencé par les Pythagoriciens. Pour la création du monde selon Platon, lire le Timée. Pour ce qui touche à la Terre, sa sphéricité, les antichtones et au mythe de l’Atlantide, lire le Critias. L’édition présentée par Luc Brisson présente une illustration inspirée des travaux de C. Gill. - PLATON, Timée, Critias, trad. Luc Brisson, Flammarion, Paris, 2001. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.
Alors qu’une majorité de penseurs grecs s’accordaient sur la forme sphérique de la Terre, la qustions de ses dimensions était débattue.Les premiers géographes ont aors affiné les observations pour calculer la circonférence de la Terre :

Eratosthène est le premir géographe et surtout le premier à avoir mesurer la circonférence de la Terre. Malheureusement la Geographie d’Eratosthène et ses cartes ont disparu… (Source : AUJAC GERMAINE, Eratosthène de Cyrène, le pionnier de la géographie – sa mesure de la circonférence de la Terre, éditions CTHS, 2001.) ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Terre selon Ptolémée, un autre géographe grec célèbre dont la carte et les méthodes de cartophie vont circuler en Méditerannée, dans les mondes byzantins, arabes puis européens. A la Renaissance, de nombreuses cartes ont été dessinées d’après la Géographie de Ptolémée, je me suis inspiré de la version de 1489 de Henricus Martellus Germanus où l’Asie est plus détaillée .©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.

Christophe Colomb connaissait quelques Géographies des Grecs, comme Ptolémée ou Marin de Tyr, et il les a utilisé pour entreprendre sa traversée de l'Océan Atlantique. Cette image a été réalisée à partir du journal de la 3e expédition (1498). J’ai modelé les contours des continents en allant chercher les sources probables du navigateur gênois : la géographie de Ptolémée, les cartes d’Henricus Martellus Germanus (1474, 1489), le globe de Martin Benhaim (1492), le récit de Marco Polo et l’atlas catalan d’Abraham Cresques (1375), la mappemonde de Fra Mauro (1459)… ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.
Après Christophe Colomb et Amerigo Vespucci qui découvrent l’Amérique, c’est Magellan qui est le premier à faire le tour de la Terre : On peut enfin faire le tour de la Terre !
Il reste à découvrir ses pôles… Cette quête des pôles poussera au XIXe siècle des esprits curieux à imaginer des trous gigantesques.
Il faudra attendre le début du XXe siècle pour découvrir les pôles : Robert Peary atteint le Pôle Nord en 1909 et Amundsen le Pôle Sud en 1910.
Une planète bleue ?
La “planète bleue” n’est bleue qu’en surface ! Sa masse d’eau ne représente pas grand chose par rapport à son poids total… L’eau représente 1,4 milliards de km3 alors que la terre pèse 6000 milliards de milliards de tonnes ! Moins de 0,1 %…
Imaginons une expérience : Mettons toute l’eau de la terre (océans, mers, atmosphère) dans un verre pour déshabiller la Terre :

Quand on enlève l'eau de la terre, on réalise que la terre est une sorte de patate cabossée, bien loin de la sphère parfaitement ronde des philosophes grecs ! L'intérieur de la terre est connu grâce aux sismographes et aux satellites mais aucun homme n'a pu s'y aventurer. ©Guillaume Duprat - Le Livre des imaginées.
La terre n’est pas une sphère parfaite
la terre n’est donc pas aussi sphérique qu’on l’imagine. Non seulement elle est un sphéroide cabossé, mais en plus elle est aplatie aux pôles !
La terre en forme de pomme
Il y a une nouvelle sculpture près de la place Clichy, au croisement du boulevard de Clichy et de la rue Caulaincourt…
Cette œuvre de Franck Scurti est un hommage à Charles Fourier (1772-1837).
Une terre en forme de pomme est posée sur le socle en pierre qui ne manquait pas d’aiguiser la curiosité des passants du quartier, puisque depuis 1942 le socle avait perdu sa statue. Et quelle statue ? celle de Charles Fourier…
Origine : La pomme de Fourier
Charles Fourier est un utopiste, critique raisonné du capitalisme industriel naissant, inventeur d’une Nouvelle Harmonie universelle, auteur d’une théorie des passions. Qualifié de socialiste romantique, il aurait eu une révélation en réalisant que le prix d’une pomme pouvait varier de 1 à 100 en France :
“Je fus si frappé (…) de cette différence de prix (…) que je commence à soupçonner un désordre fondamental dans le mécanisme industriel” (…)
“J’ai remarqué depuis ce temps qu’on pouvait compter quatre pommes célèbres, deux par les désastres qu’elles ont causés, celle qu’Eve offrit à Adam et celle que Pâris offrit à Vénus, et deux par les services rendus à la science : celle de Newton et la mienne.”(1) Cette pomme est donc “la quatrième pomme”.
Le projet de société de Fourier n’était pas qu’un doux rêve d’utopiste, mais aussi un système de société pensé pour être expérimenté, pour se coller au réel. A sa mort, ses disciples ont embrassé son projet dans des sociétés nouvelles, quelques phalanstères sont nés, en France, en Algérie, en Roumanie, aux Etats-Unis. En Russie, des fouriéristes fondent un groupe mais ils sont accusés de conspiration en 1849. Parmi ses membres envoyés aux travaux forcés, un certain Dostoievski… A la croisée de la politique, des arts et des mathématiques, Charles Fourier inspire toute une constellation de penseurs et d’artistes, de Karl Marx à Raymond Queneau, en passant par André Breton.
La pomme-monde…
Franck Scurti a pensé son hommage à Fourier en superposant trois objets : la pomme, le planisphère et le miroir. La pomme fait écho aux pommes citées par Fourier. Le planisphère est un “principe d’organisation et de planification du monde”. Le miroir est “un catalyseur du principe d’attraction universel”(1).
Cette “quatrième pomme” est donc la métaphore d’un autre monde, plus juste comme le souhaitait Charles Fourier. C’est une vision poétique et politique du monde, une utopie.
… et la poire de Colomb
De ce point de vue, il est étonnant de comparer la pomme-monde de Scurti à la terre en forme de poire de Colomb (voir article “La terre en forme de poire” pour en savoir davantage sur cette étrange vision du célèbre navigateur). Le globe de Colomb préfigure la colonisation, l’ouverture de nouvelles voies commerciales, la découverte de nouvelles cultures et donc de nouveaux produits, l’abolition des distances. Pour tout dire, la terre de Colomb annonce la globalisation. Mais dans le même temps, lui donner une forme de poire pour situer le paradis terrestre relève d’un idéalisme. Entre la Cité Idéale de Platon, la vision du paradis terrestre de Colomb (1498), l’imagination de l’île d’Utopie de Thomas More (1515), et le projet de Charles Fourier, il n’y a qu’un fil !
(1) “La quatrième Pomme”, journal distribué par la Mairie du XVIIIe arrondissement de Paris.










































